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Critiquer la béatification de Pie XII ? Les vrais problèmes

Shmuel Trigano Editorial sur Radio J du vendredi 22 janvier 2010

 

La récente décision du Vatican d’entamer une procédure pour la béatification de Pie XII a suscité une levée de boucliers dans certains courants de l’opinion juive.

Si l’on peut en comprendre la raison dans l’arène politique on en comprend moins ses fondements dans l’arène de la religion. Il y a en effet peut être du côté juif des attentes envers la Papauté et plus largement le christianisme qui sont irréalistes. Les Juifs ne constituent nullement une église du christianisme pour qu’ils se sentent engagés par les positions du Vatican au point de réclamer et d’exiger. « Les Juifs sont nos frères aînés » avait dit Jean Paul II. Certes, même si c’est une façon amicale de parler de l’antériorité révolue du judaïsmes, mais ce sont des frères séparés. Le judaïsme n’est pas le christianisme et vice versa.

L’Église est un pouvoir qui défend ses propres intérêts et il faut connaître dans ses fondements l’identité chrétienne pour savoir qu’elle a un problème structurel dans son rapport au judaïsme et au peuple juif, qui ne pourra pas changer sous peine de n’être plus ce qu’elle est. Si, sur le plan religieux, le rapport possible est extrêmement limité, il en est autrement sur le plan politique, non pas, donc, le plan théologique mais celui du rapport des identités dans l’arène publique.

Ce côté semble avoir totalement échappé aux activistes du dialogue judéo-chrétien alors qu’il est le plus important pour les Juifs aujourd’hui. Or, de ce côté, il y a beaucoup à dire. Je remarque que, comme pour le voyage de Benoît XVI en Israël et en Cisjordanie, les leaders d’opinion n’ont comme prisme de regard que la mémoire de la Shoa. L’attention s’était alors fixée sure la visite du pape à Yad VaShem et pas du tout, comme je l’avais fait remarquer dans un éditorial antérieur, sur ses déclarations aux Palestiniens tout à fait partiales et aux profondes conséquences pour la nature de la reconnaissance de l’État d’Israël par le Vatican.

C’est la même chose cette fois-ci : on se focalise sur Pie XII mais on ne dit rien sur la politique papale qui s’annonce concernant le sort des chrétiens dans les pays d’Islam. Le Vatican s’alarme, après un long silence diplomatique, sur leur extinction programmée et les persécutions et les massacres dont ils sont l’objet dans de nombreux pays. Et que trouve-t-il pour expliquer leur situation ? Non pas l’intolérance de sociétés où le fondamentalisme fait rage mais le conflit israélo-palestinien, dénonçant « l’occupation israélienne de territoires palestiniens » qui rend la vie difficile aux chrétiens. Qu’en est-il des massacres au Nigéria, il y a quelques jours, aux Philippines, au Pakistan, des attentats contre les Coptes en Égypte, des persécutions en Algérie ?

Sans compter que le Vatican se rend coupable d’un négationnisme, conscient ou inconscient : celui de l’expulsion ou de l’exclusion du judaïsme sépharade de 10 pays arabo-musulmans de 1940 à 1970, signe avant coureur de la poussée vers la sortie des Arabes chrétiens aujourd’hui et de ce que bientôt le monde musulman ne comportera plus de non musulmans.

La boucle est bouclée : l’élément qui infirme l’idée que le conflit israélo-palestinien résulte de l’occupation est élidée pour renforcer l’accusation d’Israël comme fauteur de troubles.

Voilà où est le scandale de la position du Vatican.

*Éditorial sur Radio J le vendredi 22 janvier 2010.


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